La beauté, c’est un calcul

Certaines personnes sont réticentes à l’idée qu’il existerait une partie profonde de nous-même appelée le subconscient, elles ont probablement une image négative lorsque l’on parle de la « beauté » qui y logerait ou du fait de « vivre avec beauté ».

 

En fait, cela rejoint les « lois de la richesse ».

 

Ces derniers temps, des gens cherchent à démontrer quelles seraient de telles lois sur la base de leurs expériences, en voulant corriger nos façons de penser et l’éducation que nous avons reçues à ce propos et qui façonnent notre subconscient. Nombreux sont ainsi ceux et celles qui étudient les savoirs et lois liés à l’argent afin de se défaire de leurs idées préconçues.

 

Grâce à cela, ces personnes réussissent à adopter des façons de penser et des conduites plus en accord avec la réalité des choses, ce qui leur permet de tirer plus de leur existence, de même que d’y trouver une plus grande joie.


Néanmoins, même en saisissant superficiellement comment par exemple fonctionne l’argent, notre vie ne change guère si, en profondeur, le rapport à l’argent lui-même reste empreint d’un rapport négatif.

 

Tout cela se retrouve dans la philosophie de la beauté.

 

Ainsi que je l’ai fait remarquer nombre de fois par le passé, une femme élégante capable de ravir ceux qui la voient, ou celle qui dégage une véritable prestance, ne le fait pas tout naturellement, juste comme cela. Il y va en réalité de la capacité contrôler ce qu’on l’on fait, ce dont je voudrais ici parler comme d’un « calcul ».

 

L’autre matin, j’avais un petit peu de temps à disposition avant une leçon. J’ai alors décidé d’en profiter afin de me filmer durant mes exercices à pieds nus et d’ainsi vérifier la position de mon corps et mes mouvements. L’envie m’a alors pris de m’amuser avec un de mes vêtements.

 

Mon choix s’est porté sur mon manteau rouge Givenchy, que j’ai enfilé avant de filmer cette séquence destinée à Youtube.



Je voudrais prendre cette vidéo pour exemple afin d’expliquer ce que j’entends par le fait que « la beauté, c’est un calcul ».


En premier lieu, avant d’effectuer le premier pas – c’est-à-dire le premier mouvement –, il faut marquer un certain temps d’arrêt. Mais celui que vous pouvez voir semble trop court et altère l’esthétique de la vidéo.


Cet « intervalle » étant en réalité un peu plus long, mais à cause des limitations d’Instagram, j’ai dû couper une partie du début et de la fin de la vidéo afin de pouvoir la poster. Si vous amorcez un mouvement sans d’abord établir un intervalle, vous apparaîtrez au regard d’un tiers comme une femme pressée de laquelle élégance et prestance se sont absentées, avant même d’avoir fait quelques pas.


En outre, ainsi que j’ai déjà eu l’occasion d’en parler à plusieurs reprises sur ce blog, je fais également bien attention à contrôler ce qui se passe entre deux mouvements, autrement dit à rythmer ma démarche avec de brefs intervalles.


Si je me réfère au film, les gestes quand j’effleure le manteau avec mes mains ou que je le fais légèrement monter et descendre, ou lorsque je pose les mains sur les hanches, tous ces gestes, je les accomplis en ayant parfaitement conscience de chacun d’eux.


Regardez aussi l’instant où je me retourne juste devant la caméra. À ce moment, j’ai déjà saisi un pan du manteau dans une main, mais je sais aussi déjà comment l’air s’infiltrer dans le vêtement afin de le mettre le plus bellement en valeur au moment d’effectuer ma rotation.


Il faut lors de ce mouvement soigneusement faire attention à ne pas se retourner ni trop rapidement ni trop lentement, car la quantité d’air serait soit excessive soit insuffisante pour donner ce beau gonflement léger.


Ensuite, je relève les deux côtés du manteau à la manière d’un éventail déployé en marchant. À ce moment, j’essaie de donner une autre expression à la ligne de mon vêtement, afin qu’il apparaisse pleinement comme ce qu’il est, à savoir une véritable œuvre d’art.


Mais là aussi, un calcul secret est effectué pour éviter une ouverture trop importante qui aurait l’air inélégante, et une ouverture trop faible qui ne tirerait pas suffisamment profit de la ligne unique à ce manteau.


Ce résultat est le fruit d’exercices répétés maintes fois à l’époque où je défilais sur les podiums. Ils m’ont apporté cette aptitude à saisir jusqu’où porter le mouvement afin que la ligne d’un vêtement soit parfaite.


Parce qu’il est impossible de vérifier le rendu depuis derrière soi, ce n’est pas un travail facile, mais à force d’exercices, cette perception s’est ancrée dans mon corps et ma sensibilité. Après ce petit jeu avec le manteau, je refais un tour sur moi-même à l’endroit le plus éloigné de la caméra.


La vitesse de la rotation y est également déterminante pour que le mouvement du vêtement communique un sentiment à la fois léger et énergique.Selon que le manteau est animé par une démarche plutôt pimpante ou par le vent s’engouffrant sous ses pans, il engendre des impressions bien différentes.


Grâce aux différents angles et mouvements qu’il offre, la femme qui le porte peut faire travailler l’imagination de ceux qui la voient passer et les charmer en leur transmettant la beauté et la remarquable complexité d’un vêtement. C


Cependant, puisque se contenter de juste faire voltiger les pans du manteau au hasard nuit finalement à l’élégance de sa ligne, il faut toujours veiller à contrôler ses mouvements en les stoppant volontairement.


Dans la vidéo initiale, la séquence se poursuivait jusqu’à ce que j’enlève le manteau, mais je n’ai pas pu la télécharger en entier comme je l’ai mentionné avant. Quelqu’un qui regarderait cette vidéo sans savoir à quoi je pense, en ignorant ce que voudrais exprimer en faisant corps avec mon vêtement, ne verrait probablement qu’une femme marchant comme un mannequin.


Or sous cette simple apparence, ce sont en vérité des calculs méthodiques qui contrôlent la démarche et les mouvements, ainsi que vous l’aurez maintenant compris. Voilà donc de quoi exemplifier la forme originelle de ma philosophie des talons hauts : une belle démarche en talons hauts dissimule en réalité de minutieux calculs.


Il y a toutefois deux choses que je regrette dans cette vidéo, dues à ce que je n’avais pas assez de temps à disposition. La première est que je n’ai remarqué qu’au moment de consulter effectivement la vidéo que mes pas suivaient une ligne trop droite.


Exprimer de la beauté est semblable à créer une œuvre d’art: donner naissance à la perfection est une chose bien difficile. Dès que la concentration n’est pas parfaite, la façon dont on avance ses pieds n’entre plus dans le champ d’attention.


C’est dans ce genre de moment que je me rends compte qu’une œuvre ou un musique parfaites sont de véritables miracles, irréalisables sans une maîtrise parfaite des fondamentaux. Voilà bien pourquoi, quand on se retrouve en contact une œuvre artistique ou musicale sublimes, des émotions à l’intensité si forte nous parcourent âme et corps.


En prenant ainsi plaisir à m’amuser avec un vêtement, ce que je n’avais pas eu vraiment le loisir de faire depuis un petit moment, j’ai pu à nouveau éprouver à quel degré j’aime mon métier. Travailler en tant que mannequin, cela ne signifie pas simplement devoir « être belle ».


Il s’agit en réalité de présenter un produit sous son meilleur jour et, pour en exprimer les multiples virtualités, de parfaire son corps et ses techniques. La question n’est pas ici de savoir si les vêtements portés sont chers ou bon marché.


Dans tous les cas, la tâche première d’un mannequin est de transmettre la beauté d’un vêtement au-delà même de son créateur avait en tête.


Dans mon existence, cette attitude se traduit dans le fait de vouloir tirer la beauté de tout ce qui la constitue : mes clientes, les différentes personnes avec qui je suis en relation, les choses qui m’entourent, l’espace, et avant tout moi-même. Cela m’apporte une force capable d’élever mon esprit.


Je voudrais cependant que l’on saisisse bien que des calculs minutieux sont exigés pour parvenir à exprimer la beauté des gens et des choses. Tout cela ne se fait pas sans effort et, si c’est effectivement avec élégance que l’on cherche à vivre, cette vérité se rappelle à nous jour après jour.


Toutes les choses sont soumises à des lois et à une philosophie, et sous leur surface se dissimulent des calculs qu’il faut connaître si on veut le maîtriser. Bref, tout cela me permet d’affirmer avec confiance que « la beauté, c’est un calcul ».